Journée des droits des enfants
(20 novembre 96):
l'interview du Ministre de la santé


Après une courte introduction sur l'historique et les objectifs de cette journée, Hervé Gaymard, Secrétaire d'Etat à la Santé évoque les sujets suivants :

=
Les priorités en matière de Santé Publique.

= Le Sida.

= La Diététique en milieu scolaire.

= Le personnel médical en milieu scolaire.

= La lutte contre le tabagisme.
= Les relations entre le Ministère de la Santé
et ceux de l'Agriculture et de l'Environnement.

= L'hospitalisation à domicile des enfants.






L'Espiègle :

Bonjour Monsieur Gaymard, pouvez-nous nous préciser le but exact de cette journée Nationale ?

H.G :

Elle sert à faire le point, mais bien évidemment il ne faut pas se limiter a une seule journée quand on parle de ces choses là, mais tout au long de l'année faire ce qu'il faut.

Je crois qu'une journées comme celle-ci est importante parce que cela permet de voir d'où l'on vient et puis de regarder où on va. C'est d'ailleurs aujourd'hui que le Premier Ministre et Monsieur le Secrétaire d'Etat à l'action humanitaire, Xavier Emmanueli, vont annoncer un certain nombre de décisions qui ont été prises contre la maltraitance des enfants.

Je crois que c'est important d'avoir un rendez vous périodique sur ce vaste sujet.

L'Espiègle :

Pourquoi ce jour, le 20 novembre, pour parler des Droits de l'Enfant?

H.G :

La première initiative internationale pour établir une Journée des Droits de l'Enfant remonte à 1989.

Plusieurs parlementaires ici présents ont pris la décision l'hiver dernier de faire en sorte qu'on ait en France aussi une Journée des Droits de l'Enfant, fixée au 20 novembre, date de .

Je crois qu'une telle journée à valeur avant tout de symbole et s'adresse à un public le plus vaste possible.

L'Espiègle :

Quelles sont vos priorités en matière de Santé ?

H.G :

Concernant cette vaste question de la Santé publique, il y a bien évidemment plusieurs priorités. Mais je dirait en terme d'objectif immédiait qu'il serait essentiel de mettre au point, pour l'année prochaine, un plan d'action en faveur de la santé des jeunes. Parce qu'en matière d'éducation à la santé, ce sont les habitudes, enfin, les bonnes ou les mauvaises habitudes que l'on prend lorsqu'on a 9/10 ans qui sont très importantes pour le reste de la vie.

Je voudrais, bien évidement, en liaison avec la Santé scolaire qui dépend de l'Education nationale, qu'on ait une véritable politique de santé pour les jeunes.

Sinon, il y a de nombreux sujets. On pense toujours au tabac, à l'alcool, l'hygiène bucco-dentaire, au sida,... il y a tout ces sujets, mais il y a plein d'autres sujets comme par exemple la manière de se nourrir... On ne peut pas manger n'importe quoi, il faut apprendre ce qu'est une alimentation équilibrée.

Il y a aussi toutes les questions liées aux rythmes de vie, au sommeil,...Quand je vais sur le terrain, que je discute avec des médecins, des infirmières scolaires, avec des jeunes, il en ressort de manière indiscutable quer la sensibilisation des jeunes à tous ces thèmes doit être la véritable priorité en matière de santé publique.

L'Espiègle :

Quel est le but exact de la journée Nationale contre le Sida, rendez-vous annuel qui a lieu le premier Décembre ?

H.G :

C'est un peu comme cette journée pour les Droits de l'Enfant, un moment grâce auquel on peut faire, au niveau international, le point sur l'évolution du sida et des avavncées de la lutte contre la maladie. Depuis plusieurs années, de tels rendez-vous permettent de faire le point aux niveaux nationaux et internationaux.

Espiègle :

Selon vous, pour quelles échéances pensez-vous que les chercheurs trouveront des remèdes qui permetteront de venir à bout de la maladie ?

H.G :

Actuellement il y a deux choses à prendre en compte.

Evoquons tout d'abord les traitements qui permettent de traiter la maladie. Et puis en parallèle, les vaccins qui permettent d'éviter d'être atteint par elle.

En ce qui concerne les traitements, l'année 96 est celle de la découvertes d'un nouveau type de médicaments : les anti-prothases ou "tri-thérapies", terme un peu compliqué signifiant l'association de 3 molécules différentes. trois médicaments en somme agissant de concert qui semblent apporter de nettes améliorations pour le traitement des malades... disons qu'ils semblent retarder, parfois d'une dizaine d'années les effets de la maladie.

Et c'est la première fois depuis le début de cette épidémie qu'une fenêtre d'espoir semble s'ouvrir.

En France, nous n'avons pu les proposer à nos malades que depuis le mois de Mars et, à l'heure actuelle, plus de 18000 malades expérimentent ces traitements. On est d'ailleurs le pays qui, sur ce point, a réalisé le plus gros effort.

D'autre part, concernant la vaccination anti-sida, la question essentielle peut être posée dans ces termes: Peut-on être vacciner contre le sida comme on l'est pour d'autres maladies? Pour l'instant, la réponse est non. Mais il y a beaucoup d'équipes de recherche, partout dans le monde, qui sont mobilisées sur cette question. Et l'on peut tous espérer des résultats, prochainement.

L'Espiègle :

Avez-vous fait une enquête pour savoir si les publicités sont efficaces en matière de vente et d'utilisation des préservatifs ?

H.G :

Chaque campagne de prévention contre le sida est évaluée. C'est ce qu'on appelle des "post-test". Depuis qu'elles existent, on a constaté une augmentation des mesures de prévention et la stabilisation de la maladie, voir une légère diminution du nombres des personnes nouvellement infectées. Il faut donc continuer, et même amplifier cette action préventive.

On peut d'ailleurs souligner cette importance donnée à la prévention dans le cas par exemple de la mort subite du nourrisson (ce sont des bébés qui meurent de manière inexpliquée au bout de quelques semaines). Il y a deux ans, une campagne mise en place avec l'aide d'associations dans le but de modifier la position de couchage des enfants a eu des résultats spectaculaires. Ces décès prématurés ont diminué de plus d'un tiers.

Ces deux exemples illustrent à mon sens l'importance de ces campagnes de prévention en matière de santé publique. Si toute fois elles sont étudiées avec soin et très bien ciblées, transmettant un message clair, sans ambiguité.

L'Espiègle :

Est-ce que vous pensez que l'on devrait mettre des distributeurs de préservatifs à l'entrée des collèges et lycées ?

H.G :

J'ai en ce qui me concerne une vision très pragmatique sur ce sujet qui à pu par ailleurs, prêter à polémique. D'ailleurs, les mentalités évoluent rapidement.

Je pense qu'il doit y avoir des distributeurs de préservatifs dans toute la ville, qu'ils doivent être disponible facilement. En fait, je crois qu'il faut envisager la question en fonction de chaque situation locale.

L'Espiègle :

Pensez-vous que, pour certains, 1F. pour un préservatif1 c'est trop cher?

H.G :

C'est une question à laquelle il est difficile de répondre. Je pense que la notion de préservatif à 1 franc est une bonne chose dans la mesure où c'est simple et clair à intégrer. je ne pense pas que 1 franc c'est trop cher. D'ailleurs, il y a beaucoup de préservatifs qui sont distribués gratuitement.

L'Espiègle :

Certains responsables scolaires ont émis l'idée qu'il faudrait obliger les instituteurs à porter des gants lorsqu'ils soignent les enfants qui se sont blessés dans la cour. Quand pensez-vous ?

H.G :

Je crois qu'il ne faut pas développer des psychoses sur ce genre de question ...C'est une question à laquelle je n'avais jamais songé auparavant.

C'est une question que je pourrais étudier, mais je ne pense pas que ce soit... qu'elle s'impose absolument. Voici ma première réaction.

L'Espiègle :

Pensez-vous que l'alimentation dans les cantines répond à toutes les exigences de la diététique ?

H.G :

... C'est ce que je disais par ailleurs. Il y a un problème de nutrition et d'équilibre alimentaire chez les jeunes. Je sais qu'un effort est produit dans ce sens depuis plusieurs années. Mais il y a un sujet que tu n'évoques pas qui est encore plus important. C'est le problème des enfants qui ne fréquentent pas les cantines. Parfois en raison de leur prix, mais plus souvent, pour leur cadre jugé peu convivial. De nombreux jeunes préfèrent aller dans un bistrot, boire quelque chose et manger un sandwich. Je ne suis pas sûr que ce soit de bonnes habitudes alimentaires. Ces questions de nutrition sont extrêmement importantes pour la santé des jeunes et notre pays est très en retard à ce sujet. Des problèmes d'anorexie mentale et de boulimie peuvent en découler. On sait très bien que de tels comportements se développent à l'adolescence ou même, dès la pré-adolescence. Il faut donc concevoir une éducation à la nutrition beaucoup plus importante que celle qui se pratique actuellement.

Dans cet esprit, j'ai mis au point une campagne en Octobre dernier pour sensibiliser les jeunes sur l'importance du petit déjeuner. Pour qu'ils le considèrent comme un repas à part entière. De plus, c'est souvent un moment que l'on peut partager en famille. Dans la Société actuelle on ne voit pas beaucoup ses parents...

L'Espiègle :

Pourrait-il y avoir des cours obligatoires de diététique?

H.G :

J'ai rencontré à ce sujet des diététiciennes scolaires... Je crois que cela fait parti des choses sur lesquelles il faut travailler. Pour l'instant, je ne peux pas dire s'il y aura des cours obligatoires de diététique mais ce qui me parait évident, c'est qu'il faut renforcer l'Education à la santé à l'Ecole, beaucoup plus que ce n'est le cas actuellement. C'est un sujet sur lequel je travaille avec le ministre de l'Education nationale et parmi les pistes, une sensibilisation à la diététique est à privilégier.

L'Espiègle :

Ne pensez-vous pas qu'il faudrait augmenter le nombre d'infirmières dans les écoles et les collèges?

H.G :

C'est un sujet important effectivement. Mais il faut savoir que la santé en milieu scolaire ne dépend pas du ministre de la santé, mais de celui de l'Education nationale. En fait, je ne suis pas habilité à m'exprimer sur les moyens de la médecine scolaire. Je crois cependant qu'un certains nombres de points sont à améliorer, notamment, le travail des équipes scolaires en synergie avec les médecins de ville, avec l'ensemble des professionnels de la santé qui sont à l'extérieur de l'école. J'espère que la réflexion entreprise cette année nous permettera de progresser et de proposer des solutions l'année prochaine.

L'Espiègle :

Pensez-vous que la vente du tabac sera interdite un jour?

H.G :

Les mesures d'interdiction ont parfois des effets contraire à leur but initial. Mais ce qui est vrai en revanche, c'est qu'il faut amplifier la politique de prévention contre le tabagisme. C'est en effet un sujet important de santé publique. Si on regarde les statistiques, on se rend compte que globalement, la consommation de tabac est en baisse depuis quelques années. Mais il ne faut pas en rester sur ce premier constat. En particulier du fait que le tabagisme chez les jeunes, notamment chez les jeunes filles, augmente beaucoup. Le tabac est à l'origine de plus de cent mille morts chaque année, causées par des cancers du poumon ou des maladies cardio-vasculaires. Depuis 1991, une loi qui a été faite par le ministre de la santé de l'époque, mon prédécesseur à ce poste, monsieur Evin, interdit la publicité pour le tabac et réglemente sa consommation dans les lieux public.

On a également suivi une politique de hausse des prix du tabac. En effet, quand le prix augmente, la consommation baisse et une large partie de l'argent qui est récoltée grâce aux taxes perçues alimente les campagnes de prévention contre le tabac. Le tabac c'est un vrai fléau et il faut en être conscient.

L'Espiègle :

Vous est-il arrivé de fumer?

H.G :

Je fumais un peu lorsque j'étais adolescent ... heu!.... pour me donner l'impression d'être un homme peut-être ... J'ai arrêté ensuite parce que je n'aimais pas vraiment ça.

L'Espiègle (Laurent évoque le dialogue qui à lieu en même temps que l'interview sur internet) :

Ils voient nos questions et vos réponses,... ils posent d'autres questions... voilà par exemple, on vous demande quelle est la relation entre le Ministère de la Santé et ceux de l'Agriculture, de l'Environnent ?

H.G. :

Entre ces trois ministères on a beaucoup de sujets communs. Avec le Ministère de l'Agriculture, on a tout ce qui concerne la sécurité des produits alimentaires. On l'a vu notamment lors de la crise de la vache folle. Et donc, ces deux ministères travaillent en étroite relation pour qu'on ait des produits alimentaires sûrs sur le plan sanitaire.

Avec le Ministère de l'Environnement, on a aussi beaucoup de sujets communs. Trois principaux qui sont : la qualité de l'air, de l'eau et puis le bruit. Le bruit parce que le bruit est aussi une nuisance qui a beaucoup de conséquences en matière de santé.

Il y a également un autre ministère qui n'a pas été cité, c'est le Ministère de l'Education nationale. Avec tous les services scolaires de santé, la médecine, les infirmeries,...

L'Espiègle :

Pensez-vous utile de développer d'avantage de services d'hospitalisations à domicile pour les enfants ?

H.G :

L'hospitalisation à domicile en général fait partie de la nouvelle manière de soigner et de traiter les malades. C'est quelque chose qui s'est beaucoup développé ses dernières années et qui doit se développer d'avantage, particulièrement s'agissant des enfants. Il faut que ça se développe chaque fois que c'est possible, parce que c'est vrai que l'enfant à l'hôpital est loin de la famille et que c'est plus difficile, ... je veux dire que c'est relativement plus difficile pour un enfant d'être à l'hôpital que pour un adulte, et c'est pour cela qu'il faut développer des services d'hospitalisation à domicile. Je visite souvent des services hospitaliers qui reçoivent des enfants. Bien évidemment, il y a des enfants qui ne peuvent pas être hospitalisés à domicile parce qu'ils ont des maladies graves. Maintenant, on a de plus en plus d'écoles au sein des services spécialisés pour enfants, une politique d'animation et de pratique culturelle. Tout est fait depuis quelques années pour mieux accueillir les enfants à l'hôpital pour ceux qui ne peuvent pas être hospitalisés à domicile... Et puis, d'autres initiatives merveilleuses émanant des professionnels de la santé. Vous connaisez sans doute Christine Janin, vous savez, ce médecin qui est également alpiniste ?... Elle a créé une association : " Dessine moi un Everest " qui enmène chaque année des enfants malades faire de la montagne. Pour elle, c'est aussi une manière de les aider et de lutter contre la maladie... On ne part pas de rien, il y a beaucoup de choses qui sont faites actuellement et il faut aller encore plus loin.







Propos recueillis par Sébastien Lasarte et Pierre Sellier